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Le sommet qui cache la montagne

Le Laboratoire d’histoire des sciences et des techniques de l’EPFL (LHST) a mis en ligne la dernière version du site Le sommet qui cache la montagne, fruit d’une collaboration avec INT studio à Lausanne.

Archive multimédia vivante, cette plateforme invite le visiteur à tracer son propre chemin dans l’écheveau historique, topographique et scientifique du Mont Buet en Haute-Savoie. En permettant la libre navigation et reconfiguration de son matériau, ainsi que le partage de documents personnels, cette archive collaborative propose de participer à la construction d’une représentation collective du Mont Buet comme milieu vécu et vivant.

Le sommet qui cache la montagne entrecroise reproductions de documents historiques et témoignages visuels et sonores. Entre approche sensible et mesures scientifiques, entre mémoire et temps présent, cette archive construit les traces d’une expérience collective.

Expérience collective

Refaire une expérience scientifique, revivre une aventure humaine, c’est le projet que se sont donnés les historiens du LHST en suivant les traces des frères Deluc, deux savants genevois de la fin du XVIIIe siècle. En août 2021, ils ont gravi le Mont Buet, montagne de Haute-Savoie, munis de répliques d’instruments scientifiques d’origine.

Accompagnés de chercheurs, d’un conservateur de musée et d’artistes, ils ont vécu une aventure humaine et intellectuelle en miroir de l’expédition du XVIIIe siècle, mais aussi en immersion dans la réalité actuelle des sommets alpins.

Les historiens (Jérôme Baudry, Simon Dumas Primbault, Ion Mihailescu), les chercheurs (Nicolas Chachereau, Marianna Fenzi, Nicolas Nova), le conservateur de musée (Stéphane Fischer) ont emporté avec eux une réplique du baromètre conçu par Deluc et amélioré par Pictet, qui a été réalisée par le Musée d’histoire des sciences de Genève avec l’aide d’artisans locaux.

Comme lors des acensions du XVIIIe siècle, les savants sont accompagnés par des dessinateurs qui documentent l’ascension ainsi que les caractéristiques géographiques, géologiques, climatiques, écologiques et sociales des lieux traversés. Les sciences naturelles s’exercent ainsi directement dans le milieu d’apparition des phénomènes : on observe la flore et la faune, les glaciers et les rochers, l’air et la lumière, les autochtones ou les touristes. La montagne devient un véritable laboratoire de la nature.

Apport artistique

A l’instar de cette pratique, trois artistes ont été invités à accompagner les historiens et les chercheurs. Deux artistes visuelles, la photographe Olga Cafiero et la dessinatrice Pascale Favre, ainsi qu’une artiste sonore, Joell Nicolas, ont réalisé durant l’expédition des travaux d’observation, d’analyse, d’écoute, d’interprétation de ce qui se passait autour d’elles, dans le groupe, et en elles-mêmes.

Avec une photographie précise, directe, clinique presque, Olga Cafiero a ponctué l’ascension de prises de vue des cascades, des roches, du cirque de montagnes, des instruments scientifiques en action et des touristes. Tirées en grand format (A0), ces images offrent des suspens qui monumentalisent certains éléments (les cailloux, par exemple), ou qui amplifient le paysage en dévoilant ses formes infinies et ses matières agitées dans les chutes d’eau ou dans les nuages. Proche des chercheurs, la photographe a mis en évidence les instruments de mesure et leur utilisation, leurs composants matériels et leurs couleurs, intégrant ainsi dans le décor naturel la présence technique propre à cette mission.

Pascale Favre a réalisé un travail de peinture et de dessin. Familière des randonnées en montagnes, amatrice de la flore alpine, elle a tracé à l’encre de Chine et à l’aquarelle une série de vues paysagères elliptiques et minimales. Celles-ci mettent en évidence de manière abstraite un vallon profond, un rais de lumière frappant un pré, une combe tombée dans l’ombre, un torrent au tracé net, un merveilleux champ de fleurs. Elle a conçu plusieurs planches de fleurs dessinées avec une précision botanique, agencées comme dans un herbier. Traçant d’abord les plages de couleur à l’aquarelle, Pascale Favre termine sa peinture par les contours des formes dessinés à l’encre de Chine, comme une écriture souple et fluide définissant l’espace.

Une série de planches réalisées aussi par Pascale Favre, narrent la vie quotidienne du groupe durant l’ascension, les moments de pauses, le repos et le repas à la cabane ainsi que la descente. Telles des pages de BD, l’artiste insère parmi les scènes dessinées des textes qui légendent les images et racontent autant ce qui se passe que les sensations et sentiments de l’autrice.

Joell Nicolas a tendu son micro à toutes sortes d’éléments sonores surgissant durant la marche au Mont Buet. Créant des performances musicales, adepte de la musique électronique, elle a réalisé une pièce sonore qui combine bruits in situ, ceux de la nature (vent, cascades, oiseaux, etc.) et ceux des humains (chaussures sur les cailloux, respirations, voix, etc.) avec des sons électroniques créés autour de ce matériel documentaire. En résulte une composition qui se développe tel le récit d’une ascension et d’une descente, en pleine nature mais avec des humains. L’auditeur-trice est amené-e à interpréter les sons, à les reconnaître et à se laisser emporter pour revivre, à sa manière, cette ascension. La pièce sonore intitulée Les gens #1, est intégrée à une table d’orientation construite pour l’exposition, sur laquelle est affichée la reproduction d’une gravure du Mont Buet tracée par Marc Théodore Bourrit et publiée en 1779.

Équipe du projet

  • Jérôme Baudry, Professeur assistant tenure track, Laboratoire d’Histoire des Sciences et des Techniques, EPFL
  • Simon Dumas Primbault, Collaborateur scientifique, Laboratoire d’Histoire des Sciences et des Techniques, EPFL
  • Ion Mihailescu, Collaborateur scientifique, Laboratoire d’Histoire des Sciences et des Techniques, EPFL

Collaborations

  • Le Musée d’histoire des sciences, Genève
  • Le Museum d’histoire naturelle, Genève
  • Le Conservatoire et Jardin botaniques, Genève
  • La Bibliothèque de Genève
  • Les Archives de l’État de Genève

Financement

La recherche historique, l’ascension du mont Buet, le site ainsi qu’une partie de l’exposition ont été financés par un fonds Agora du Fonds national de la recherche scientifique (FNS).

Autour du projet

L’exposition “Le sommet qui cache la montagne” présente quarante planches qui entrecroisent reproductions de documents historiques et témoignages visuels et sonores. Cette exposition grand public itinérante est présentée jusqu’au 10 avril 2022 au Rolex Learning Center de l’EPFL.

L’exposition se déplacera ensuite au Café littéraire de Vevey et au Musée d’histoire des sciences de Genève.

Pour plus d’informations sur les manifestations associées à ce projet, voir la page Évènements.