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« Une fausse vérité peut-elle changer le monde ? » Épisode 6: Gabriel Dorthe

 

Gabriel Dorthe – « Chemtrails » et géoingénierie solaire: questions sur une rencontre

 

D’un côté, la géoingénierie solaire : une technologie visant à répandre des aérosols pour modifier artificiellement l’atmosphère, considérée, selon les points de vue, comme un « plan B » pour freiner le réchauffement climatique ou comme un délire de « solutionnisme » technologique. De l’autre côté, les théories conspirationnistes des « chemtrails », dénonçant certaines traces laissées dans le ciel par les avions comme des interventions chimiques visant le contrôle des populations. Que se passe-t-il lorsque ces deux discours se rencontrent et que ces deux regards se croisent ?

Après une thèse menée aux universités de Lausanne et Paris I Panthéon-Sorbonne où il proposait une ethnographie du mouvement transhumaniste, Gabriel Dorthe étudie actuellement le domaine de la géoingénierie solaire et sa mise en débat public, notamment au travers de la communauté « chemtrail ».

Il est affilié, en tant que chercheur postdoctoral financé par le FNS, à l’Institute for Advanced Sustainability Studies (IASS) de Potsdam, et au sein du Program on Science, Technology and Society de la Harvard Kennedy School, école d’administration publique de l’université Harvard.

(Image : Flickr / Netherlands Chemtrail Watch, Creative Commons)

Une fausse vérité peut-elle changer le monde? / Can a fake truth change the world?

Jamais, sans doute, n’aura-t-on autant parlé de désinformation, de fake news, de conspirations et de manipulations algorithmiques qu’au cours des cinq années allant de la première campagne présidentielle de Donald Trump à l’explosion de la pandémie Covid-19.

Le potentiel disruptif attribué à ces phénomènes est virtuellement illimité. La désinformation à l’ère des plateformes numériques semble non seulement pouvoir déclencher des actes de violence, infléchir des résultats électoraux et compromettre les mesures sanitaires face à la pandémie, mais également ébranler la confiance publique à l’égard de différentes formes d’autorité, perturber les équilibres géostratégiques, balayer toute référence partagée à des vérités factuelles et, finalement, abolir la notion même de réalité.

Il n’est pas aisé d’évaluer s’il s’agit là d’un emballement de l’opinion face à des faits jusque-là moins médiatisés, d’un changement d’échelle amplifiant des phénomènes déjà existants, ou d’une réalité radicalement nouvelle, porteuse de véritables ruptures.

Face à cette impression d’une pandémie informationnelle dont les résonances dans l’environnement sociétal semblent inédites, quels éclairages apportent les études numériques en sciences humaines et sociales? Comment ces approches se conjuguent-elles à d’autres (celles du data journalisme, des sciences cognitives, de l’enquête socio-anthropologique de terrain, de la mise en perspective historique…) pour prendre la mesure de ces phénomènes, identifier leurs ressorts et proposer des manières de s’y confronter?