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Vincent Kaufmann pour Swissinfo.ch : Se déplacer en temps de crise

Article paru le 24 avril 2020

Avions qui ne décollent pas, télétravail, transports publics à moitié désertés, vacances reportées: la crise du coronavirus a radicalement réduit les déplacements et mis à nu les vulnérabilités du monde globalisé. Un regard sur les changements en cours en compagnie du sociologue Vincent Kaufmann.

«Nous parlons beaucoup de la pandémie en termes de santé publique, bien sûr, mais il faut rappeler que la crise est aussi fortement liée à la mobilité», explique Vincent KaufmannLien externe, professeur de sociologie urbaine et d’analyse des mobilités à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). «En observant les zones les plus touchées par la pandémie en Europe et aux États-Unis, on remarque qu’il s’agit principalement de grandes métropoles ou de zones urbaines, avec beaucoup de commerce et de mobilité.»

La crise modifiera-t-elle en profondeur certains éléments fondamentaux de la société dans laquelle nous vivons? «Il est trop tôt pour dire si et comment la pandémie va transformer la façon dont le monde fonctionne, répond Vincent Kaufmann. Elle met certainement en évidence une grande vulnérabilité de notre société. La délocalisation de la production a rendu difficile l’accès aux biens essentiels, tels que les médicaments et le matériel de soins de santé, en cas de crise. C’est une vulnérabilité générée par la mobilité, par le faible coût des transports.»

Même s’il est difficile d’analyser les effets d’une crise en cours, le sociologue suppose que si certaines mesures de confinement restent en place pendant longtemps, l’impact sur le secteur des transports sera considérable. «Je pense en particulier aux transports publics. Dans les bus, les métros, les trams, il est pratiquement impossible de respecter la distance de sécurité de deux mètres. C’est le système de transport public lui-même qui est en jeu et cela est très préoccupant.»

À long terme, nous ne devrions pas assister à un retour en masse de l’automobile, estime Vincent Kaufmann. «Je crois que le déclin de l’attractivité de la voiture en Suisse et dans les pays du nord de l’Europe, en particulier chez les jeunes, est une tendance qui ne va pas disparaître. Je pense plutôt qu’il y aura un retour à la proximité. Les voyages auront lieu sur des distances plus courtes. Et puis, compte tenu de la prévisible récession économique, il ne fait aucun doute que dans les prochaines années, nous serons moins mobiles.»

Retrouvez ici l’interview complète

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